Brèves

ET SI VOUS AVIEZ VOTRE MOT A DIRE SUR L’AMÉNAGEMENT DE VOTRE VILLE ?

img_20161010_125025-001Le projet de réaménagement de la place Saint-Sernin prévu pour 2017 a été rendu public : pavés sur du béton, rehaussant le niveau de la place, et plantation d’arbres sont au programme. Ce projet n’a cependant pas prévu de fouilles archéologiques et oubli de mettre notre si renommée basilique romane au centre des préoccupations, perdant ainsi l’occasion de faire un projet ambitieux pour la valorisation du patrimoine de la ville. La ville de Toulouse a ouvert une page internet pour que chacun puisse donner son avis jusqu’au 15 octobre :  http://www.toulouse.fr/web/projet-urbain/amenagements-urbains/centre-ville/grand-saint-sernin 

Si vous voulez vous faire un avis des enjeux patrimoniaux et des propositions faites par la société archéologique du Midi de la France, vous pouvez consulter le site de la SAMF : societearcheologiquedumidi.fr/spip.php?rubrique16

Aidons le château de Chambord!

 © Arnaud Scherer via Creative Commons

© Arnaud Scherer via Creative Commons

Comme vous le savez, de nombreuses régions de France ont dû faire face à de terribles inondations. L’heure est maintenant venue de dresser de tristes constats. Le château de Chambord a été particulièrement touché par ces intempéries. Bien que le mobilier et les collections n’aient guère été affectés, le domaine doit faire l’objet d’un certain nombre de restaurations dont le coût dépasse malheureusement le montant des aides accordées par les assurances et les aides publiques. C’est la raison pour laquelle le domaine a fait appel à tous les Français afin de financer cette remise en état.


« Le kiosque de la Place du Salin. Pourquoi faut-il le protéger? », par Philippe Szwarc, étudiant en Master 1 d’Histoire de l’Art

Un article publié par Jocelyn Lermé et Didier Sabarros dans la Revue Midi-Pyrénées Patrimoine (été 2014, n°88, p. 42), se faisait l’écho des menaces de démolition du kiosque de la place du Salin de l’architecte toulousain Jean Montariol (1892-1966). En 1991, dans un ouvrage édité par Ombres – CAUE 31 TOULOUSE, nous pouvions déjà lire ces propos liminaires signés de Nelly Desseaux, Paulette Girard, Thierry Mandoul et Jean-Loup Marfaing : « Inquiétantes les rumeurs de démolition des Bains douches de Saint-Cyprien de Jean Montariol. Urgente donc la protection du patrimoine architectural contemporain au même titre que celui des siècles passés ».

Il est important de prendre conscience des valeurs historiques, esthétiques, techniques et patrimoniales de l’œuvre de Jean Montariol. Il ne nous paraît donc pas inutile de rappeler qui il fut et comment, ce travailleur infatigable au talent unanimement reconnu, marqua la ville de ses conceptions architecturales. Élève à Pierre-de-Fermat, puis à l’École des Beaux-Arts de Toulouse, il rejoignit ensuite les ateliers parisiens d’Auguste Deglane et de Charles Henri Nicod, tous les deux anciens lauréats du Grand Prix de Rome.

Portrait de Jean Montariol par Eugène Trutat (Fonds Trutat) © Bibliothèque de Toulouse (Domaine public)

Portrait de Jean Montariol par Eugène Trutat (Fonds Trutat) © Bibliothèque de Toulouse (Domaine public)

Jean Montariol fut un architecte de transition entre l’éclectisme bourgeois post-haussmanien et le mouvement moderne architectural. Ainsi se signala-t-il par un style moderne, avec la réalisation de bâtiments à ossature béton ou métallique, la technique constructive des toitures terrasses et classique, caractérisés par son goût pour le décor et le rationalisme de ses plans. Le soutien indéfectible de municipalité SFIO d’Étienne Billières, dont il bénéficia, lui permit de réaliser de nombreux chantiers d’équipements publics. Il fallait améliorer la condition de la classe ouvrière, lui donner accès à des logements confortables, à l’enseignement et à la culture, à l’hygiène et au sport. Cette politique puisait ses racines dans les théories hygiénistes de la fin du XIXème siècle et marqua profondément l’architecture et l’urbanisme toulousain.De retour à Toulouse, après un passage dans l’entreprise de maçonnerie paternelle, il enseigna l’architecture et le dessin industriel à l’École des Beaux-Arts. En Décembre 1925, il fut nommé architecte de l’Office public d’HBM (Habitations à Bon Marché) et le resta jusqu’en 1939. Il fut également nommé architecte en chef de la ville en décembre 1926, fonction qu’il occupa jusqu’à sa démission en 1949. Il fut également membre du Conseil départemental des Bâtiments Civils de la Haute-Garonne. À ces fonctions institutionnelles, Jean Montariol ajoutait une activité privée ainsi que diverses activités bénévoles, notamment dans le Gers où il demeurait à la fin de sa carrière.

Son œuvre publique se développa ainsi autour de quatre grands pôles : le logement social avec la réalisation de cités-jardins comme celles de Lazaret de Lalande (1926-1931), le lotissement du Pont des Demoiselles (1927-1931), celui de Croix-Daurade, Fontaines-Lestang, Croix-de-Pierre, Limayrac, Juncasse (1928-1931), d’Habitat à Bon Marché (HBM) des Récollets et Parc du Calvaire (1928), Saint-Roch, Charles-de-Fitte, Bonnefoy et Bourrassol (1928-1931) ; les bâtiments scolaires avec les groupes de Jules Julien à Rangueil (1928-1933), Jules Ferry à la Salade, Ernest-Renan à Lalande (1928-1935), Fontaine-Lestang (1931-1940) ; les équipements publics, comme la Bibliothèque municipale (1929-1935), le parc municipal des sports et sa piscine Nakache (1931-1952) ; et enfin, les équipements de proximité, tels les bains-douches, les lavoirs et les kiosques.

Kiosque de Montariol, Place du Salin à Toulouse (© Philippe Szwarc)

Kiosque de Montariol, Place du Salin à Toulouse (© Philippe Szwarc)

Ces derniers qui ont été conçus par Jean Montariol en 1927, à la demande de la municipalité SFIO, étaient destinés à « la vente des journaux, confiserie et fleurs » et prirent place dans le paysage urbain au début des années 1930, comme ceux des allées Jean-Jaurès ou de la place Esquirol. Ces édicules, de plans carrés ou hexagonaux, étaient bâtis en béton de ciment armé avec un parement décoratif composé de petits éléments géométriques en grès et ornés de filets émaillés. Le kiosque de la place du Salin, avec ses six faces et sa toiture polygonale débordante, était donc conforme aux canons définis par l’architecte. Complètement travesti par les municipalités successives, avec ses allèges recouvertes de carreaux blancs, et manquants par endroits, ses coffres de volets roulants éclatés, l’édifice, flanqué d’une imposante armoire électrique, est dévoré par la rouille et sujet aux infiltrations d’eau. Il a été complètement laissé à l’abandon et se trouve aujourd’hui dans un état de vétusté inquiétant. Il y a là une forme de vandalisme officiel et passif qu’il est important de dénoncer. Or la restauration de ce kiosque et sa mise en valeur serait importante pour donner à comprendre, non seulement l’œuvre de Montariol, mais aussi la vie quotidienne à Toulouse dans le second tiers du XXème siècle à travers ses enjeux politiques, sociaux, économiques et culturels.

Les vastes programmes de construction, réalisés en peu de temps, entre 1925 et 1940, firent de Jean Montariol un architecte majeur de la scène artistique méridionale de l’entre-deux-guerres. Autour de son travail de nombreux artistes et artisans purent exprimer leur art, Sylvestre Clerc, Georges Vivent ou Henry Parayre (sculpteurs), Edouard Bouillières, Marc Saint-Saëns (peintres), Henri-Louis Gesta, Raymond Subes ou Maurice Alet (respectivement maître-verrier, ferronnier et ébéniste).Ces derniers qui ont été conçus par Jean Montariol en 1927, à la demande de la municipalité SFIO, étaient destinés à « la vente des journaux, confiserie et fleurs » et prirent place dans le paysage urbain au début des années 1930, comme ceux des allées Jean-Jaurès ou de la place Esquirol. Ces édicules, de plans carrés ou hexagonaux, étaient bâtis en béton de ciment armé avec un parement décoratif composé de petits éléments géométriques en grès et ornés de filets émaillés. Le kiosque de la place du Salin, avec ses six faces et sa toiture polygonale débordante, était donc conforme aux canons définis par l’architecte. Complètement travesti par les municipalités successives, avec ses allèges recouvertes de carreaux blancs, et manquants par endroits, ses coffres de volets roulants éclatés, l’édifice, flanqué d’une imposante armoire électrique, est dévoré par la rouille et sujet aux infiltrations d’eau. Il a été complètement laissé à l’abandon et se trouve aujourd’hui dans un état de vétusté inquiétant. Il y a là une forme de vandalisme officiel et passif qu’il est important de dénoncer. Or la restauration de ce kiosque et sa mise en valeur serait importante pour donner à comprendre, non seulement l’œuvre de Montariol, mais aussi la vie quotidienne à Toulouse dans le second tiers du XXème siècle à travers ses enjeux politiques, sociaux, économiques et culturels.

Ce riche patrimoine qui nous a été transmis, nous nous devons de le restaurer, de le conserver, de le mettre en valeur, de le faire connaître, de le transmettre et non de l’ignorer pour finalement le voir disparaître.

Philippe Szwarc, étudiant M1 Recherche, Histoire de l’Art et du Patrimoine.

Sources :

J. LERME, D. SABARROS, « Un édifice de Montariol menacé », Revue Midi-Pyrénées Patrimoine, N°38, été 2014, p. 42,

CONSEIL D’ARCHITECTURE, D’URBANISME ET DE L’ENVIRONNEMENT DE LA HAUTE-GARONNE, ECOLE D’ARCHITECTURE DE TOULOUSE, Toulouse 1920-1940, La ville et ses architectes, Editions Ombres – CAUE 31, 1991, Toulouse, 264 p.,

L. BARLANGUE, L. PEYRUSSE (dir.), Les Artistes de le Bibliothèque municipale de Toulouse, 1935, catalogue d’exposition, Editions Bibliothèque de Toulouse, 2005, 84p.